L’AGRO-ÉNERGIE AU BRÉSIL: DÉFIS ET OPPORTUNITÉS


(17/06/2014)

Evaristo Eduardo de Miranda

Face aux changements globaux, deux préocupations majeures mobilisent l`opinion publique, le gouvernement et le secteur privé brésiliens: comment réduire les émissions (CO2, CH4…) et soustraire les excédents de l’atmosphère. Quatre solutions de première importance pour contribuer à résoudre ces questions se trouvent dans l’agriculture brésilienne.

La première solution est la canne à sucre dont la surface cultivée dépasse les 5 millions d’hectares et qui croît de presque 8% par an. Cette graminée domestiquée mobilise plus de carbone par hectare dans sa phytomasse que la plupart des cultures et pâturages. Dans la région Sud-Est du Brésil, l’extension des surfaces cultivées de la canne à sucre a lieu sans déboisement, en substitution aux pâturages et des cultures délaissées. Des millions de tonnes de carbone sont ainsi piégées et fixées par une action agronomique bien maîtrisée, ce qui a pour conséquence un anti-effet de serre.

La canne à sucre ne sert pas qu’à obtenir du sucre, elle est aussi capable de contribuer à la production d’éthanol (23 milliards de litres par an), qui est utilisé par les voitures brésiliennes depuis la crise pétrolière de 1973. En 2007, près de 90% des voitures produites au Brésil sont conçues pour utiliser aussi bien l’alcool que l’essence. Il est probable que dans dix ans, soit vers 2017, il n’y aura presque plus de voitures à essence dans tout le Brésil. L’usage de l’éthanol a réduit les émissions de CO2 par la réduction de l’usage des carburants d’origine fossile.

Les usines d`éthanol et de sucre utilisent de plus en plus leurs chaudières pour produire de l`énergie électrique. Elles possèdent en 2007 une capacité de génération de 1400 mW et dans six ans la co-génération pourra permettre d’atteindre 9000 mW, soit l’équivalent de la production actuelle des centrales nucléaires de Angra dos Reis à Rio. Cette “bio-électricité” est produite surtout pendant la période sèche, quand les fleuves ont moins d`eau et que les centrales thermo-électriques sont très sollicitées, ce qui permet de réduire la consommation de gaz fossile provenant de la Bolivie. La canne à sucre contribue pour 14,4 % à la consommation énergétique du Brésil.

Par ailleurs, la chimie dérivée de la canne à sucre, en substitution à celle du pétrole, s’est beaucoup développée et diversifiée. Plusieurs unités industrielles produisent déjà des plastiques biodégradables à partir de l’alcool, comme le PHB (polyhydroxybutyrate) et d`autres produits pharmaceutiques. La chimie de l’alccol proposera dans un avenir proche des substituts au polyethylène, au propylène et au PVC pour la fabrication d’objets par l’industrie alimentaire, cosmétique, pharmaceutique et même du bâtiment.

La deuxième solution concernent les activités forestières. Les 5 millions d’hectares de forêts cultivées, en grande partie à vocation énergétique, contribuent pour près de 80 % à la fabrication du charbon végétal et au bois de chauffage consommé au Brésil. Leurs surfaces tendent à augmenter par suite de la disponibilité des terres bon marché à vocation forestière.

La troisième contribution majeure de l’agriculture brésilienne porte sur les huiles végétales utilisées dans la substitution du pétrole par le biais du biodiesel, du H-diesel et du diesel vert. En 2006, le Brésil a produit 5,5 millions de tonnes d’huile de soja, dont 2,3 millions pour l’exportation. En 2007, dans le cadre d’une production plus élevée, une partie de l`excédent d’huile de soja, soit près de 350.000 tonnes, sera absorbée dans la production de carburant biodiesel. Le Brésil cessera d’importer 2,4 milliards de litres de diesel par an quand le mélange couvrira les besoins à hauteur de 5%.

Le H-Diesel, obtenu à partir des graines de soja, ricin et de l`huile de palme, réduira la dépendance brésilienne au diesel importé à raison de 2,5 à 3 millions de litres par jour, ce qui représente l’équivalent d’un million de tonnes d’huile végétale. Le développement de petits équipements capables de transformer par pyrolyse les huiles végétales en diesel vert dans les fermes sur les lieux même de production agricole est en train de s’étendre dans les zones rurales. A chaque augmentation des exportations d`huiles végétales vers l’Europe et l`Amérique du Nord pour fabriquer du biodiesel, le Brésil contribue indirectement à la réduction des gaz à effet de serre sur la planète.

La quatrième contribution est liée à l’évolution rapide des techniques agricoles et à l’usage des terres, grâce aux innovations de la recherche agronomique brésilienne. La plus grande consommation de combustibles fossiles dans l’agriculture a lieu pendant le labour et la préparation des sols, ce qui représente 40% des émissions de CO2. La technique du semis-direct ou du non-labour réduit significativement ces émissions, évite l`érosion, augmente le stockage de carbone dans la matière organique des sols et prolonge la vie des tracteurs. Développé au Brésil au cours des 30 dernières années, le non-labour est pratiqué sur près de 25 millions d`hectares. Les engrais verts et l’inoculation de bactéries fixatrices d`azote, y compris pour soutenir les cultures de graminées, réduisent l`utilisation d`engrais chimiques. Les voies de recherche agronomique pour augmenter l’efficacité énergétique vont de la sélection de nouvelles varietés de haricots à cuisson plus rapide à la réduction de l’usage du feu dans les systèmes de production. L’amélioration génétique et la transgénie cherchent à obtenir des varietés moins consommatrices d’intrants dérivés du pétrole et mieux adaptées à l`environnement. De nouvelles techniques de production d’éthanol et d`énergie à partir de différentes matières cellulosiques, font objet de nombreuses recherches.

Chaque fois que l’agriculture arrive à remplacer l`énergie non renouvelable (pétrole, gaz ou charbon) par l`énergie solaire, en utilisant finalement l`activité photosynthétique des plantes, on réduit l’émission de gaz carbonique. Les changements actuels de l’usage et de l’occupation des terres au Brésil sont énormes et très dynamiques. Des infra-structures nouvelles de l`agro-énergie se mettent en place (alcoolductes, ports, distilleries, centres logistiques, etc.) avec d’importants investissements privés et publiques, nationaux et étrangers. Pour n’évoquer que le cas de la canne-à-sucre, la prévision en matière d’investissements est de 9 millards de dollars US dans les sept prochaines années. Plus de 100 nouvelles distilleries d’éthanol sont en construction.

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