LEÇON DE VIE


(24/11/2002)

Evaristo Eduardo de Miranda

Les discussions sur les eléctions présidentielles brésiliennes ne touchaient pas le jeune W. Le fait que les membres de sa secte réligieuse évangelique ne soient pas avec lui dans ce moment solennel, visiblement, ne le dérangeait pas. Ses anciens frères le considéraient quelqu´un qui s´était devié des rails du Seigneur. Ni les larmes de son épouse, elle aussi évangélique, enceinte de quatre mois de leur premier fils, n´avaient pas été suffisantes pour le comouvoir et le tirer de son inmobilisme. Les vingt huit balles de plomb, tirées à bout portant par plusieurs mains, l´avaient rendu trop lourd. Comme une âncre, il semblait acroché au fond de son simple cercueil, offert gratuitement par la Mairie. C’est un type de cercueil reservé aux clochards, aux familles sans ressources pour payer un enterrement. Un cercueil sans fleurs, dont le couvert semble fait en carton. Des petits mamellons dans la tête de W., comme une couronne, étaient le résultat des plusieurs balles tirés dans la nuque qui semblaient vouloir germer, éclore.

Une partie de sa famille est vénue avertir, avec une diligence séctaire, qu´il n´était pas catholique. Il vaut mieux ni prière, ni oraison. Tout cette affaire ne plaisait pas du tout au bon Dieu. Le Seigneur aime la justice et la sainteté. Ce qui est arrivé à W. était très éloigné de Dieu. Il vaudrait mieux ni s´approcher trop du cercueil. Il vaudrait mieux rester en dehors de la salle. D´autre part, ils constataient que le pasteur de leur églyse ne viendrait pas, ni leur communauté, car il était un criminel, un déraillé. Sur W. s´abatait un jugement séctaire et sans appel. Jugé par les hommes, W. affrontera maintenant le jugement de Dieu.

Quelques uns ont éssayé d´expliquer la gravité de la déviation personnel de W. Sagement, ils désistent et se taisent. C´est difficile de parler de ces choses face à un W. comme ça, silencieux et rigide. Quelqu´un cherche à expliquer, discretement, qui il était. Avant qu´il prononcé ses justificatives ou ses anathèmes, le ministre des obsèques prend la parole et dit qu’il savait très bien qui W. était: il était un fils de Dieu. Un être humain. Un pauvre parmi les pauvres. Un jeune, un époux, avec une vie entière devant lui, prêt à être bientôt un papa. Perdu de soi, perdu de nous. Perdu par nous. Les gens sont un peu étonnés. Face à ces paroles, les soeurs de W., catholiques, démandent la célebration chrétienne des funerailles, proposée par la pastoral des obsèques. Son épouse n´est pas d´accord.

Elle s´interroge sur la validité de ces funerailles des catholiques. W. suit indifférent. Les deux autorités familiales, l’une par le lignage et l’autre par le mariage, se disputent et discutent. Après une série d’arguments, une phrase de bon sens émerge: Dieu est un seul. Dieu est unique. W. aussi était unique. Chaqu’un de nous est unique. Chaqu’un de nous est à la recherche de son humanité. Un dialogue plein de tendresse à lieu entre le ministre laic et l’épouse de W. Elle est d´accord avec la celébration, puisque sinon, il n´y en aura aucune. L´Églyse adapte son rituel, pour bien acueillir à tous – défunt et communauté – de façon eucuménique et charitable.

Le ministre annonce aux présents qu´ils sont en face de deux assassinés. Ils régardent autour. Ils cherchent pour voir qui, en plus de W., aurait aussi été assassiné. Le ministre signale la croix et le crucifié, jettés dans un coin de la salle, par un iconoclaste appeuré et de service. Jesus n´est pas mort de maladie, ni de vieillesse. Il a été assassiné. Injustement. Le fondateur de notre Églyse est mort assassiné par l´intolerance, par l´étrange soif de justice de certains. L´Églyse sait de quoi et de qui elle parle. Ce sont des siècles de martyrs et victimes de la violence. W. n´a pas été le premier assassiné a être enterré dans le Cimetière N. D. de la Conception, à Campinas. Il n’est pas le seul, ni le dernier. Presque tous les jours, des assassinés sont là. Pour surprenant que cela puisse être, l’ Églyse est à l´aise, si l´on peut le dire, dans cette situation.

Le ministre explique que la Vierge Marie, la mère de Jesus, sait ce que la mère de W. est en train de souffrir. Elle aussi, la Mater dolorosa, a vécu tout cela. Elle aussi a perdu un fils, assassiné. Les amis de Jesus, Jean, Pierre, Jacques… ils comprennent aussi la douleur des amis de W. A ceux qui sont venus dire Adieu, le dernier Adieu, l´Églyse les invite ensemble a donner a Dieu. Avec la prière du Pater, entouré par des mains ouvertes et tournées vers le ciel, W. est remis dans les mains de Dieu. Elles sont meilleurs que les notres, dira quelqu’un.

À la fin de la célebration (sans Je vous salue Marie, ni eau bénite), ce petit reste d´Israel présent, avec beaucoup de tendresse, s´approche de W. et entoure le corps de ce frère décedé. Le ministre rappelle que l´heure de notre heure est une floraison parfumée. Elle signale le passage du temps nouveau et le début du temps définitif. En tout cela, il y a une leçon de vie et de mort. Dieu n´est pas juste avec nous. Il est plus que juste. Il est bon. Il est un Père dont la misericorde est infinie. La célebration finie avec la lecture des paroles de l´apôtre Paul (1Rm 14, 7-9).

L´épouse et quelques personnes avaient quitté la salle, dès le début de la célebration. D´autres se sont éloignés, progressivement. Leur foi ne leur permettait pas de rester là, ont ils dit. Face à ceux qui prient et ceux qui se retirent, W. suit impassible.

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